Les recherches dans les archives de la paroisse ont été menées par une équipe du Conseil presbytéral composée de mesdames Bachofner, Bourgeois, Grezet, Millet, Perrot, de Wattevile, et de messieurs Cari, Flaissier, Honegger, avec l'aide de Mlle Lapiné, de Mme Nivat et de M. Yung. La rédaction du texte est due à M. Nivat.
Un peu de "préhistoire": la Réforme se répandit en Chablais dès le XVIème siècle, il ne pouvait guère en être autrement, aux portes de Genève, où œuvrait Calvin.
Elle devint majoritaire sous Inoccupation bernoise (1536-1564), et d'ailleurs le culte catholique fut interdit par ces MM. de Genève, qui avaient appelé Berne au secours. Lorsque Berne rétrocéda le Chablais au duc de Savoie Emmanuel-Philibert, le duc donna l'assurance qu'il maintiendrait la liberté du culte réformé.
François de Sales fut chargé par Charles-Emmanuel, fils et successeur du duc Emmanuel-Philibert, de prêcher aux Chablaisiens le retour dans le giron de l'église catholique.
Ses prédications eurent lieu principalement à Thonon, passé à la Réforme, et où le prélat et futur saint dit la messe pour la première fois depuis de nombreuses années à Noël 1596, et également à Annemasse qui, elle, était restée catholique: ce furent les "Quarante Heures d'Annemasse", en 1597, une "mission" pour laquelle on éleva une croix qui devait être aperçue jusqu'à Genève...
De son propre aveu, François de Sales n'obtint pas grand succès, et en 1598, la liberté de culte fut abolie par Charles-Emmanuel. Les Réformés eurent le choix entre l'abjuration ou l'exil. Les temples réformés, comme celui de Ville-la-Grand disparurent. Les Eglises Réformées du Chablais s'éteignirent pour longtemps.
L'histoire de la Réforme en Chablais reprend au milieu du XIXe siècle, avant et après l'Annexion. Elle touche des populations nouvelles, venues en particulier de Suisse et de France intérieure, et elle bénéficie du renouveau du protestantisme français au XIXème siècle.
Annemasse grandit, et dépasse ses voisines et rivales, grâce surtout à la venue de la voie ferrée et à l'établissement d'une gare importante du "Paris-Lyon". Il n'y avait pas encore beaucoup de protestants:
"Pensez qu'en 1882, je crois, lorsque papa est venu s'établir à Annemasse, il n'y avait que trois familles protestantes: le père Martin, un marchand de sel, la famille Senglet, venue de Chêne-Bougeries, et nous, que M. Noyer, pasteur à Annecy, venait visiter un dimanche après-midi sur deux."
extrait d'une lettre de Mlle Astier, directrice d'école
Cependant c'est au village de Mornex que naquit le culte réformé dans notre région, très exactement le 11 mai 1851, sous les auspices de la Société genevoise de secours religieux pour les protestants disséminés. Pendant plus de vingt ans il eut lieu à chaque belle saison, dans des locaux de fortune, sous l'autorité du professeur Cellerier.
En 1873 fut édifiée la première chapelle protestante, qui existe toujours, et qui est aujourd'hui desservie par le pasteur d'Annemasse, étant devenue propriété de l'église d'Annemasse en 1924. La consécration de cette nouvelle chapelle eut lieu le dimanche 18 août 1873, sous la présidence du pasteur André, d'Annecy, et du professeur Munier, président de la Société genevoise des protestants disséminés.
Une brochure de quarante-trois pages conserve "le souvenir des pieuses émotions" de cette journée, et nous a gardé le texte des deux prédications du pasteur André et du pasteur Munier.
"Le besoin d'un culte évangélique le dimanche, pendant les mois de la belle saison, s'était fait sentir à Mornex pour les familles protestantes que l'air salubre et les pittoresques aspects de la montagne y attiraient, déjà longtemps avant que les anciennes lois du pays, strictement intolérantes et rigoureusement maintenues, permissent d'en établir un qui eût quelque publicité.
Le temps n'est pas bien éloigné où l'on devait, sous peine d'une répression très sévère, se contenter du culte solitaire ou domestique à huis clos. La liberté religieuse ne date dans toute l'étendue des Etats sardes que du Statut du roi Charles-Albert, publié par ce prince en 1848, et loyalement exécuté par son gouvernement."
C'était en effet une époque où Mornex attirait de nombreux touristes ou curistes venus des pays nordiques et protestants, il y eut d'ailleurs également, pendant quelque vingt ans, une chapelle anglicane. C'est dans une pension sise de l'autre côté de la rue par rapport à la nouvelle chapelle que séjournèrent Wagner en 1856, et l'historien d'art anglais Ruskin en 1862-63.
La chapelle érigée en 1873
La pension Bellevue à Mornex où eurent lieu les premiers cultes
La pension s'appelait "Bellevue" et comportait un charmant pavillon, qui subsiste encore, et où habite Mlle Lapiné, une de nos paroissiennes. Le culte avait lieu pendant l'été dans ce pavillon, et l'on sait par la correspondance de Wagner, qui s'en plaint, que l'occupant du pavillon devait céder les lieux le dimanche matin pour la célébration du culte.
"J'habite la pension Latard, dans un pavillon rustique qui est séparé de la pension par un jardin et complètement isolé. C'est le salon-jardin, destiné en somme à en faire un lieu de réunion pour les pensionnaires. Il s'y trouve un excellent piano. Je n'ai dû me plier qu'à une seule condition pour avoir à moi seul la jouissance du pavillon: il faut que je m'absente tous les dimanches matin de 9 heures à midi, parce qu'alors le salon est transformé pour le service divin à l'usage des Genevois qui habitent ici: le pasteur vient et alors c'est tout le diable et son train..."
Lettres à Minna Wagner
Cependant, dès 1884, les protestants d'Annemasse bénéficièrent d'un local loué où pouvaient avoir lieu des cultes. Le pasteur Goty de Chêne-Bourg, assurait ces cultes, ainsi que MM. Clément de Paye et Noyer. Bientôt on pensa à édifier un véritable Temple.
A cette époque la paroisse d'Annemasse se trouvait dans ce qu'on appelait la Grande Zone (abolie par la France après la première Guerre mondiale), les rapports entre Genève et Annemasse étaient très libres, à tous points de vue, et il ne faut donc pas s'étonner que Genève ait véritablement joué un rôle principal dans la création de notre paroisse. Le tramway reliait les deux villes, et on venait d'inaugurer le tramway à vapeur qui allait d'Annemasse à Samoëns...
Le temple d'Annemasse aujourd'hui
Dimanche 9 avril 1893: inauguration de la chapelle protestante d'Annemasse en présence de dix pasteurs venus de Genève et de Paris, sans compter ceux de la région. L'érection a été rendue possible par la générosité d'une donatrice, madame Naville de Bontemps, de Villette près de Veyrier.
Y assiste le maire d'Annemasse, M. Perréard, notaire. L'événement est relaté dans la Tribune de Genève le 9 avril, et dans le Journal de Genève, dans son numéro du 11. Le premier président du Conseil de paroisse est M. Louis Souvairan, banquier de son métier, qui présida la cérémonie de consécration.
Parmi les ouvriers de la première heure se distingue également M. Senglet, à qui la paroisse rendra hommage en 1925. Il n'y a pas encore de pasteur. L'allocution inaugurale est prononcée par un pasteur venu de Chêne, le pasteur Goty, comme le rapporte l'Ami du foyer dans son numéro du 20 avril. Le pasteur Goty avait commencé, dès sa nomination à Chêne, à s'occuper des disséminés de Gaillard, Ambilly et Annemasse.
Un exemplaire des Saintes écritures fut offert par le Consistoire de Genève, ainsi qu'une liturgie de l'église de Genève, dédicacée par le président du consistoire, M. Wakker. C'était, le souligna un orateur, la première chapelle protestante dans le Chablais, "dont un apôtre zélé avait voulu extirper l'hérésie". Malgré ce coup de griffe à saint François de Sales, la cérémonie fut assez étonnamment "oecuménique".
Hommage fut rendu par le pasteur Goty "aux dispositions si bienveillantes et à l'esprit de réelle tolérance rencontré au milieu du peuple de la Haute Savoie et de ses autorités municipales".
"Hier dimanche après-midi a eu lieu l'inauguration de la chapelle protestante d'Annemasse, située dans le nouveau quartier, à quelques pas de la ligne du tramway de la place de la Gare. Cette gracieuse construction fait honneur à son architecte, M. Louis Viollet, de Genève. Le style est du gothique fantaisie avec un petit air de cottage américain.
A deux heures et demie, la cérémonie a commencé en présence d'une foule compacte jusqu'au dehors. Devant la chapelle, la fanfare d'Annemasse, venue avec son drapeau déployé, a joué un "Salut angélique". (...) M. Goty a dit "Nous n'oublierons, ni les uns ni les autres, catholiques ou protestants, ce que nous enseigne cette croix, au pied de laquelle sera prêchée la parole de vérité, cette croix, qui, il y a près de quatorze siècles fut plantée sur le sol d'Annemasse par les pieux évêques Maxime et Avitus."
Le style oratoire de l'époque différait de celui d'aujourd'hui, voici ce que fut la péroraison du pasteur Goty en ce dimanche 9 avril 1893:
"Elève-toi donc, modeste et sainte chapelle, comme un témoignage de la bonté de notre Dieu! Elève-toi au pied de ces montagnes qui nous redisent la grandeur du Créateur! Elève-toi sur cette noble terre de France où règne désormais la liberté religieuse, la plus précieuse de toutes les libertés! Que dans tes murs consacrés retentisse toujours, dans sa pureté et dans sa force, l'évangile de Jésus-Christ! et que tous ceux qui franchiront tes parvis se retrouvent un jour dans la Jérusalem d'en haut..."
1892: Les statuts de la "Société civile de la chapelle protestante d'Annemasse" sont déposés par devant Maître Perréard en présence du pasteur Achille Noyer d'Annecy et du pasteur Edouard Goty de Chêne-Bourg, ainsi que de MM. Souvairan, négociant à Vétraz-Monthoux, Alfred Martin, avocat à Genève et Ernest Picard, chef de dépôt à Annemasse, et Aimé Boissonas, négociant à Annemasse.
C'est le 27 août 1893 que le premier pasteur en titre est installé, M. Moser.
On crée un comité chargé de meubler le temple (la table de communion en marbre fut exécutée sans bénéfice par le fabricant, les coupes furent offertes) et on envoie à la bienfaitrice, madame Naville, une lettre de remerciement.
Au synode régional de Divonne, qui se tient les 28 et 29 septembre 1894, le pasteur Moser fait un résumé des antécédents de la paroisse d'Annemasse, et des circonstances de la construction du temple. Il est à noter qu'une stèle funéraire rappelle le rôle du pasteur Moser à droite de l'entrée du temple. Il laissa le souvenir d'un homme très dévoué, et de santé fragile, la petite histoire retient qu'il circulait dans sa paroisse exclusivement sur un vélo.
Fac-similé des premiers "Statuts de la Société civile de la chapelle protestante d'Annemasse.
17 novembre 1895, installation du deuxième pasteur, M. Vallette, d'une famille genevoise descendant de huguenots français réfugiés après la révocation de l'Edit de Nantes, en remplacement du pasteur Moser, décédé. Le pasteur préside également le Conseil presbytéral. La Semaine religieuse de Genève rend compte en date du 23 novembre 1895 de la construction du presbytère qui doit être achevé au printemps 96. Les dons viennent toujours de madame Naville. Le presbytère appartiendra à la Société Civile de la Chapelle, enregistrée le 24 novembre 1892.
1906: Déclaration à la sous-préfecture de St Julien-en-Genevois de l'Association Cultuelle comme Association cultuelle sous le régime de la loi de 1901 (recueil des actes administratifs n° 13 du 19 avril 1906). Elle s'appelle alors église Réformée évangélique d'Annemasse. La déclaration a été faite par le nouveau pasteur, André Boegner, qui restera jusqu'en 1910, et qui est le premier à occuper le presbytère nouvellement construit.
Par suite de disputes sur la liberté de chaque église d'adopter ou non les statuts type sans les modifier, Annemasse se vit refuser l'entrée dans l'Union nationale des églises réformées par deux synodes successifs.
Projet de budget pour 1908.
25 octobre 1908: le pasteur Boegner prend la parole lors de l'inauguration de la statue de Michel Servet à Annemasse.
1910 : installation du pasteur Henri Lauga, annoncée par une nouvelle publication, le Messager de l'Eglise réformée d'Annemasse.
Le Baedeker de 1912 définit ainsi la ville: "Annemasse, 436m. Buffet de gare, chambres : 2fr 50, dîner 3 fr; Hôtel Moderne 25 lits, pension 7 à 10 fr; de France, 25 lits de 2 à 3 fr., déjeuner 2,50; ville de 3052 habitants; chemin de fer de la Gare des Eaux Vives au Fayet Saint-Gervais, ligne de Bellegarde au Bouveret et départ du tramway de Samoëns. Sur la place du Marche, une statue en brome de Michel Servet par Clotilde Roch (1908)."
En 1913 est constitué un choeur de paroisse, qui compte 27 membres.
Novembre 1914. Le pasteur Lauga part comme aumônier des Armées au 9e Corps d'Armée à Dunkerque. Son successeur devrait être le pasteur Henri Dartigue, mais il est à son tour mobilisé. Donc la paroisse se retrouve sans pasteur. Il est décidé que Mme Lauga, restée au presbytère, se chargera de toutes les tâches administratives qu'accomplissait son mari. Le pasteur Châtelain, de Genève, assumera les cultes et l'école biblique.
En 1915, la fermeture de la frontière franco-suisse empêche certains conseillers de participer aux réunions. Revenu en permission le pasteur Lauga, qui a été décoré, fait à la mairie une causerie sur "Choses vues et impressions sur le front". L'assistance ce jour-là fut nombreuse et chaleureuse.
15 février 1917. L'Assemblée générale se tient sous la présidence d'un nouveau pasteur, M. Moenoz, dont nous ne savons pas dans quelles circonstances il a été nommé à Annemasse.
17 avril 1918. L'Assemblée générale se tient sous la présidence d'un nouveau pasteur, M. Wyler, qui a été nommé en date du 1er janvier 1918 à titre intérimaire. On annonce le retour du pasteur Lauga.
1921. 16 janvier: installation du pasteur Henri Dartigue. Création des ventes de paroisse, qui vont assurer avec le temps une part importante du budget, en particulier grâce aux dames du "groupe de couture".
1923. 25 février: Assemblée générale de la paroisse, au cours de laquelle a lieu un culte de commémoration de l'Armistice de 1918 (cinquième anniversaire).
Avril 1923: Réunion d'un Synode régional des églises réformées, dont rend compte le Progrès de Haute Savoie le samedi 28 avril 1923.
Au 1er janvier 1923 L'Association Cultuelle de l'église d'Annemasse se compose de 795 familles, soit 556 membres adultes et 239 enfants. Le nombre des cotisants est de 193, plus élevé que celui des membres de l'Association cultuelle, qui n'est que de 140. Pour l'installation du pasteur Dartigue on a procédé à un inventaire des archives. Le conseil de paroisse est composé de dix membres. On décide de publier les Statuts et de les expliquer afin de provoquer de nouvelles adhésions à l'Association cultuelle. Suivant les recommandations du Synode national de Montauban, il est décidé de créer une commission locale de l'enseignement religieux, et le 30 septembre le pasteur Frank Thomas réunit les jeunes de la paroisse à Mornex. Il y a à l'époque neuf catéchumènes d'Annemasse et dix autres venus du Secteur des Disséminés reçus chaque année dans l'église.
1924. Les problèmes traités par le Synode national se reflètent dans la vie de la paroisse. Ce sont le mariage des divorcés; c'est aussi l'augmentation du traitement des pasteurs, et un appel aux retardataires dans le paiement des cotisations. Le résultat de cet appel est bon: 28 nouveaux cotisants se présentent... La paroisse doit préciser ses engagements financiers envers la Région. On évoque également la question du retrait de la nomination des pasteurs aux conseils de paroisse au profit de la Région. Cette mesure, contraire aux traditions de l'église Réformée, ne sera jamais adoptée. Mais encore en 1991, le Synode national d'Orthez, préoccupé par l'inégalité du pourvoi des postes pastoraux en France, invitera les Régions à mener une révision générale des postes, et les paroisses à "vivre volontairement une année de vacance après le départ de chaque ministre". Ce problème, on le voit, est endémique.
La chapelle de Mornex est achetée avec l'aide de la Société genevoise des Protestants disséminés. Le pasteur Dartigue prend ses fonctions d'aumônier à l'hôpital Dufresne-Sommeiller de la Tour en Faucigny.
La paroisse contribue financièrement à la réalisation du Palais de la Femme qu'ouvré à Paris l'Armée du Salut.
Le Secteur des disséminés est alors pris en charge par le pasteur Maillet qui réside à St Julien-Chabloux, il utilise sa propre maison comme local d'accueil, mais ne pouvant recevoir plus de 25 personnes, il demande la construction d'un local pour son secteur.
1927: Création à Annemasse d'une section de l'Union chrétienne des Jeunes gens, par M. Neubert (dix adhérents), et d'une Union chrétienne des Jeunes filles (quinze adhérentes), par Mme Dartigue. 80 enfants se présentent à la rentrée de l'école du Dimanche et du Jeudi.
Extrait du Procès-Verbal de la séance du 27 mars 1927
1928 Achat d'un nouvel harmonium grâce à une souscription de 140 parts. Le pasteur Dartigue est nommé délégué de la Xème Région qui est alors l'Algérie. Pendant ses congés il est remplacé par un élève en théologie de Genève.
1929: On installe le gaz de ville au presbytère.1930: L'année commence par un geste de solidarité envers les sinistrés de la crise dans le Midi. Au synode régional d'Aix les Bains le professeur Lemaître fait une conférence qui marque sur le thème: "Jésus est-il dépassé?" On cherche un local à louer pour le secteur de St Julien.
1932: Malgré le succès régulier des ventes de paroisse, le budget accuse un déficit de 10%. On décide de faire les placements de la paroisse dans des bons de la Défense nationale. Cette année-là le synode national se tient à Clermont-Ferrand et porte sur le thème "Le rôle de l'église en cas de guerre".
1933: Le pasteur doit séjourner pour raisons de santé pendant de longs mois au sanatorium de Praz-Coutant. Les activités de la paroisse en sont notablement ralenties. On prend l'habitude d'envoyer un délégué laïc au synode régional annuel, pour accompagner le pasteur.
1934-35 Au synode régional de Vernoux, en 1935, le capitaine Etienne Bach, animateur des Chevaliers de la Paix, fait une conférence sur les risques de guerre. L'année suivante on traite de l'objection de conscience. A l'Assemblée générale de 1935 on s'inquiète de la puissance militaire de l'Allemagne et de la menace qui en résulte.
Les protestants de La Roche et de Bonneville, jusqu'ici rattachés à Annemasse, passent sous la responsabilité d'Annecy, ce qui soulage notablement le pasteur d'Annemasse.
1936: Le pasteur Dartigue soutient ardemment les projets d'union des églises réformées et évangéliques. Il s'en fera l'avocat aux synodes nationaux de Reims et d'Angers. Mais le 6 octobre il annonce sa démission et son départ pour une paroisse moins lourde, celle de Remiremont dans les Vosges. Il a accompli quinze ans de ministère à Annemasse.
Le 54ème congrès des Unions chrétiennes se tient à Annemasse les 20 et 21 novembre 1936.
Le poste de pasteur a été mis au concours, il se présente six candidats. Est choisi comme pasteur intérimaire et suffragant M. Meier. Le Conseil lui a demandé de répondre à la question "Comment envisagez-vous la vie spirituelle de la paroisse et son rayonnement dans la région?" M. Meier restera huit mois, sera apprécié. Il visite une cinquantaine de familles dans le secteur de Gaillard, et elles s'inscrivent toutes à l'Association Cultuelle.
1937 Le 27 mai audition du pasteur Bach, déjà mentionné. Il est capitaine dans l'Armée, il a été trois fois blessé au combat pendant la guerre de 14-18. Il est nommé suffragant et devra achever ses études en théologie.
Le pasteur Etienne Bach était le fils d'un pasteur alsacien qui avait rejoint la France après l'annexion de l'Alsace par l'empire allemand. Etienne décida à son tour de faire des études en théologie, et, lorsqu'éclata la première guerre mondiale, il s'engagea comme chasseur alpin, fut plusieurs fois blessé, et cité à l'ordre de l'armée. Après la guerre il resta en Allemagne avec les troupes d'occupation françaises, dans la Ruhr. Il s'attira la sympathie des mineurs affamés de la petite ville de Datteln en leur faisant distribuer du pain pris sur les réserves en farine de l'armée d'occupation.
Bientôt le capitaine-pasteur attira à lui des jeunes des deux pays naguère ennemis qui cherchaient à se réconcilier, et, en 1930, un groupe d'amis l'installa dans une maison près de Neuchâtel en Suisse où se succédèrent jeunes réfugiés ou récalcitrants politiques. C'était le groupe des Chevaliers de la Paix. Il cessa d'exister après 1936, les jeunes Allemands n'ayant plus l'autorisation de venir dans la maison de Valengin. C'est alors qu'Etienne Bach demanda et obtint le poste pastoral d'Annemasse.
En 1942 il rejoindra la Résistance, en 1944 sera réintégré avec les autres maquisards dans l'armée régulière, et à sa retraite de l'année demanda et obtint un nouveau poste dans l'église Réformée, cette fois-ci sur le plateau de Langres. En 1973 il fut invité à aller en Allemagne présider le culte du Vendredi Saint dans la petite ville de Ruhr où, cinquante ans auparavant, il avait fait distribuer le pain de l'armée française d'occupation.
Un dernier Synode de l'Union Réformée a lieu à Aix les Bains. L'année suivante, en 1938 l'unité aura été réalisée. Le 20 septembre 1938 la paroisse reçoit la lettre qui la rattache officiellement à l'UNACERF, et indirectement à la Fédération Protestante de France nouvellement créée. Le premier Synode a lieu à Grenoble du 7 au 9 novembre 1938.
Les soucis concernant la desserte des disséminés continuent. En cinq mois le pasteur a dû parcourir 4000 kilomètres, la paroisse a 105 communes qui lui sont rattachées, et il y a 1500 à 2000 disséminés sur une population totale de 73000 habitants. La société genevoise des Disséminés, sollicitée, donne une subvention, qui sera par la suite régulièrement renouvelée. Le maire de St-Julien accorde une autre subvention pour la location d'un lieu de culte dans la cité.
1939 Le Conseil Régional ayant révisé à la hausse les quotes-parts des paroisses, le Conseil d'Annemasse réagit vivement à une augmentation qu'il juge "vertigineuse" ; il obtient une révision à la baisse de ses obligations, la cible passant de 27000 à 24000 francs. On met en place le Consistoire du Léman, composé de sept paroisses, et qui envisage de publier un bulletin.
A cette époque la paroisse compte 470 foyers.
Lors de la mort du pape Pie XI, le pasteur envoie une lettre de condoléances au curé doyen d'Annemasse, l'abbé Marquet, ce qui dénote des relations nouvelles entre les chrétiens de la ville.
La guerre, suivie bientôt par l'occupation italienne et allemande, perturbe à nouveau la paroisse. Le pasteur Bach a été mobilisé. En son absence le pasteur Burnat le remplace, cependant que le pasteur de Ferney assure les cultes à St Julien. Lors des permissions du pasteur Bach, le Conseil est souvent convoqué précipitamment par téléphone. Le vice-président était à cette époque M. Perrier. La municipalité a ouvert une garderie, car les femmes doivent travailler en l'absence de leurs maris mobilisés.
1940: le Synode régional a lieu à Livron dans la Drôme, et le pasteur émet le voeu qu'il soit ouvert à des délégués laïcs responsables dans les paroisses. On forme des comités pour structurer les annexes de la paroisse, à Reignier, à St Cergues, à Collonges, à St Julien.
1941: Plusieurs pasteurs de Genève remplacent tour à tour le pasteur Bach, en particulier les pasteurs Bovet et Burnat. Les paroissiens organisent l'envoi de colis aux prisonniers et aux évadés. Le pasteur Bach rentré dans la paroisse présente au Conseil ses diplômes universitaires de Théologie, et il passe de suffragant à pasteur de l'église Réformée de France d'Annemasse.
On continue de chercher un lieu de culte à St Julien, on étudie la possibilité de fêter le cinquantenaire du Temple. Les horaires de l'enseignement religieux sont fixés par une loi du régime de Vichy au matin de 8 heures à 8 h. 45. Mais surtout il y a les nombreux problèmes de la guerre, de l'occupation, des réfugiés, de la Résistance, des dissensions entre paroissiens...
La guerre à Armemasse, fut comme ailleurs, une période complexe et qui souleva des passions. La Savoie faisait partie de la zone libre laissée à la France par l'armistice signé par Pétain, lequel effectua, à Annecy, en septembre 1941, un voyage officiel qui déplaça un grand public. Comme ailleurs, on dut y appliquer les lois iniques du régime de Vichy contre les Juifs. La Savoie fut envallie sans coup férir par les troupes italiennes, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord. Les Allemands, dès 1942, prirent place en Savoie, mais ne firent que transiter par la Haute Savoie. Ils s'y déployèrent en septembre 1943, après l'armistice entre Badoglio et les forces Alliées.
A Annemasse quatre hôtels furent réquisitionnés par les SS, dont le tristement célèbre "Fax Hôtel". La famille Bach, aidée de quelques amis fut très active de 1941 à 1943. Elle fit passer de nombreux Juifs pourchassés par Vichy, puis par la Gestapo, à travers le presbytère, et de là en Suisse voisine. La chaire du Temple servait de boite postale clandestine. Environ 150 Juifs ou résistants passèrent ainsi en Suisse grâce au point de passage qu'était le temple d'Annemasse.
Voici ce qu'écrivait à ce sujet Mme Bach, qui joua un grand rôle en cette période. "Depuis mon retour j'ai été et je suis encore submergée, cela n'arrête pas, les gens, les problèmes se succèdent dans la maison à une allure que je n'arrive plus à dominer. On dirait que la maison les attire. Puis, chaque soir, il y a mes évadés. Ma petite lumière dans la nuit."
Lettre de Jeanne Bach, en date du 9 février 1940. Cité d'après En souvenir de Jeanne Bach (1891-1949).
Mais, déjà en 1942, le pasteur Bach, arguant d'un surmenage dû à ses études, interrompt momentanément ses activités, il est à nouveau remplacé par des pasteurs venus de Genève (Mottu et de Benoît de Roulet). En réalité il s'était engagé dans la Résistance et dirigeait un maquis. Son épouse restait seule au presbytère, poursuivant courageusement l'action de sauvetage, mais devait bientôt se réfugier à Morzine, et enfin, après la déportation par les Allemands de leurs amis protestants Bailly, partait se cacher dans le Nord de la France, au Gâteau.
Naturellement tout le monde n'était pas d'accord avec la transformation du presbytère en lieu de passage pour réfugiés et en filière d'évasion pour juifs. Voici encore ce qu'écrivait Mme Bach le 23 juin 1943 à une amie:
"Je t'ai dit que la coupe était pleine. Ces jours-ci j'ai fait l'expérience de la dureté, d'une certaine incapacité de comprendre certaines choses, et de l'abîme qu'il peut y avoir entre la charité chrétienne dont on parle, que l'on prêche, qui fait partie du discours d'usage lorsque l'on serre la main à quelqu'un qui est dans la difficulté, et la réalité. Ce refuge que nous avions dans le presbytère gêne, il faut le supprimer.(...) J'ai aussi trouvé dans cette paroisse des amitiés fidèles et douces qui resteront le souvenir lumineux des années d'ici."
Les filières d'évasion en question impliquaient en général un pasteur de l'intérieur, en particulier le pasteur Theis, du Chambon - sur-Lignon. Il envoyait au presbytère d'Annemasse (ou aux cures de Douvaine, de Collonges...) des groupes d'enfants juifs qui étaient aussitôt confiés à des passeurs, on passait la frontière principalement du côté de Juvigny.
Les passeurs furent presque tous déportés, et périrent, tels M. et Mme Bailly (un square, rue Fernand-David, rappelle leur mémoire). L'action des Bach à Annemasse s'inscrivait dans un mouvement plus vaste, celui de la CIMADE (Commission Inter-Mouvement auprès des évacués), né en 1939, dirigé par le pasteur Marc Boegner, et qui organisa le sauvetage de nombreux Juifs. Le pasteur Chapal d'Annecy avait organisé toute une filière depuis Marseille jusqu'en Suisse.
En janvier 1993 Israël lui conféra à titre posthume la Médaille des Justes. Du côté catholique les dévouements poussés jusqu'au sacrifice suprême ne manquèrent pas non plus, comme en témoignent, entre autres, les destins du père Louis Favre, du petit séminaire de Ville-la-Grand, fusillé le 13 juin près d'Annecy, ainsi que ceux de l'abbé Jean Rosay de Douvaine, mort en déportation, lui aussi titulaire de la Médaille des Justes, mais à titre posthume, ou de l'abbé Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève...
Tous témoignent de ce que l'Ambassadeur de France Jean-Marie Soutou, un des fondateurs de Témoignage Chrétien, a dans une cérémonie organisée à Douvaine en mémoire de l'abbé Rosay, appelé "l'insurrection chrétienne contre le totalitarisme".
Cependant la vie paroissiale se poursuivait, et devait se poursuivre, même si, selon des témoignages reçus, Mme Bach devait veiller lors de tel repas de paroisse à ce que les "pro-Résistants" soient dans une salle, et les autres dans une autre. Le pasteur Westphal, président du Consistoire, rend alors visite à la paroisse et il est décidé de proposer la création d'un deuxième poste pastoral pour les disséminés, car il y a maintenant plus de 800 foyers protestants, sans doute en raison d'un afflux de réfugiés venus du nord du pays.
1943: La Région entérine la création d'un second poste, et le pasteur Thenet, de Livron, dans la Drôme, est candidat. Le pasteur de Roulet assure l'intérim du pasteur Bach, dont la paroisse a pris congé après un culte d'adieu très émouvant. Mais, n'ayant pu obtenir l'autorisation d'exercer en France, il doit regagner Genève après onze mois de service dans la paroisse. Un étudiant en théologie, M. Michel, seconde le pasteur Thenet.
Il faut nommer un nouveau pasteur dans le secteur d'Annemasse. Le pasteur genevois Grandchamps, pressenti, doit renoncer faute d'une autorisation. On élit alors le pasteur Schneider, un Alsacien qui a occupé le poste de Cannes, mais ne s'est pas bien adapté au Midi. Il définit son rôle devant le Conseil, comptant avant tout miser sur les visites et sur une action au niveau de la jeunesse. On loue un appartement à Ambilly pour le pasteur Thenet.
On crée un fichier des paroissiens. On envisage la création d'un poste de diacre pour l'aide sociale aux familles nécessiteuses. Le pasteur Schneider veut faire une conférence publique sur le protestantisme. Un différend éclate entre lui et le pasteur Thenet, dont le style était plus "classique", ce qui l'amène à démissionner le 11 novembre 1944, après une séance exceptionnelle à laquelle prend part le président du Consistoire. Il sera remplacé par le pasteur Gruner, un Suisse, ancien pasteur à Chancy (Genève), puis sur le plateau ardéchois, à Mars, et qui restera en poste jusqu'à 1950. Avec son épouse, le pasteur Gruner a beaucoup oeuvré pour la jeunesse, et pour la chorale.
Fac-similé de Notre Chemin, no. 7 de juillet 1946.
1945-46. La vie de la paroisse reprend un train normal. Notons que la paroisse demande en 1945 que la rue du Mont-Blanc soit rebaptisée rue du Temple, mais sans obtenir satisfaction. Voici les prisonniers qui rentrent des camps allemands. On partage un des baraquements avec l'aumônier catholique et un rabbin pour les besoins religieux et spirituels des rapatriés temporairement regroupés dans un centre d'accueil. On panse les plaies les plus variées, Valleiry ayant été incendié par les occupants, on lui attribue un secours financier.
La paroisse compte alors 708 familles, dont 317 cotisent. Le journal de la paroisse de Thonon, qui s'appelle la Bonne nouvelle, devient le journal de tout le Consistoire. Les groupes reprennent vie, et même avec vigueur. Ainsi le "Cercle des hommes"organise des conférences très suivies. Il fut fondé par le Dr Lapiné, emprisonné sous Vichy, et qui avait rejoint le maquis en 44.
1947 Le pasteur Thenet demande à prendre une retraite bien méritée, parcourant souvent tout le secteur à vélo, jusqu'à Sevraz. Son poste est déclaré vacant. Mais il faudra permuter les logements du pasteur du secteur ville et celui du secteur Disséminés, car M. Gruner a fait un échange avec le pasteur Thenet, ce qui fait que le pasteur chargé du "secteur Disséminés" occupe le logement du secteur Ville... Mais la question est provisoirement résolue par l'aménagement de deux pièces au rez-de-chaussée du presbytère. La candidature d'un jeune pasteur du Gard, M. Macs, n'est pas retenue. On sollicite un pasteur de Sornay, qui finalement renonce à venir, et c'est le pasteur Abauzit, aumônier des chantiers de jeunesse à Die qui est retenu. Il a passé sa jeunesse à Thonon, et a été converti par la mission anglaise.
1948: entrée en fonction du pasteur Abauzit. Le trésorier, M. Fuess, annonce un gros déficit financier. Les paroissiens sont invités à verser une journée de leur travail par trimestre. On note un projet d'érection d'immeuble en lieu et place du presbytère. Seul le bâtiment du Temple serait maintenu. Pas de suite. (De tels projets reviendront de temps en temps, en dernier lieu en 1991.)
Annemasse est déjà une grande ville, mais conservait des attaches nombreuses avec la campagne. Qui ne connaissait alors la femme du cantonnier de Sevraz? Elle descendait de la montagne avec son petit sac contenant...mystère! peut-être des oeufs, peut-être une "pogne", et toujours quelques fleurettes qu'elle glissait dans la bible qui trônait sur la table de communion. A cette époque les portes du temple étaient toujours ouvertes, on entrait quand on voulait pour se recueillir, ou se reposer un instant. Et qui sait, en cherchant bien, on trouvera peut-être encore aujourd'hui une humble fleur séchée de la femme du cantonnier dans la bible monumentale de notre paroisse? (confidence d'une paroissienne qui est la mémoire vivante d'une bonne moitié de l'existence de notre paroisse)
1949 La situation financière est rétablie grâce à des prêts, mais la cible pour les deux postes pastoraux est d'un million de francs (de l'époque). M. Deffaugt intervient à un culte de février pour retracer la collaboration de l'ERF à toutes les oeuvres de la ville d'Annemasse pendant la guerre.
Le synode régional a lieu à Annemasse, avec plus de 140 délégués. MM. Vuffray et Pierre Bach sont coordinateurs de l'accueil, qui se fait chez les paroissiens. Le pasteur Lenhardt, de Genève, préside le culte synodal. L'Hôtel du Midi et l'Hôtel de France assurent les repas, mais avec l'aide de bénévoles de la paroisse. On note, après le Synode tenu à Annemasse, un net regain d'intérêt pour la paroisse. Il y a alors 1160 protestants recensés, 16 catéchumènes, et 1 prosélyte, comme disent les archives, c'est-à-dire un baptisé adulte converti.
"Si l'église n'était qu'une société de plus parmi beaucoup d'autres, nous nous permettrions peut-être de la mettre en veilleuse en attendant des jours meilleurs. Mais nous croyons qu'elle reste le seul lieu où nous puissions trouver un remède à notre solitude, à notre désarroi et à notre angoisse, parce que là, nous pouvons rencontrer Celui en qui nous pouvons mettre toute notre confiance. C'est en raison même de vos soucis, de vos craintes et de vos occupations que nous vous disons: Ne perdez pas le contact avec l'église, mais, avec les hommes faillibles et imparfaits que nous sommes, approchez-vous de Celui qui reste le Seul Maître de notre vie. "
Document du 1er juillet 1950.
Fin 1950 le pasteur Gruner part pour Genève. On supprime provisoirement le deuxième poste pastoral. On essaiera de faire seconder le pasteur chargé de l'ensemble, devenu très lourd, par une assistante de paroisse: ce sera Mlle de Senger, qui s'installera dans l'appartement d'Ambilly, et jouera un rôle très bénéfique dans la paroisse pendant tout son ministère. Une exposition sur la Mission a lieu dans une salle de la Mairie. Le déficit se maintient, toujours très préoccupant, mais un don anonyme important permet de l'éteindre pour l'année 1951. Les réunions bibliques deviennent hebdomadaires. Un groupe d'éclaireurs est reconstitué. Le Cercle d'Hommes reste très actif.
1952: Le Conseil de paroisse délibère des travaux devenus nécessaires au Temple, en particulier le renouvellement de la toiture et du clocheton. Les réparations eurent bien lieu, mais il subsista des gouttières dans le temple... On fit des boiseries à l'intérieur, M. Vuffray s'en chargea. Il y eut une belle journée pour inaugurer le temple ainsi rénové.
1953: 16-25 mai Exposition biblique, inauguration par le président de Région, qui est maintenant le pasteur Chapal, et par le Sous-préfet de St Julien. Réunions de couture plus nombreuses, achat d'un vélomoteur pour la desserte de Reignier et des environs d'Annemasse par Mlle de Senger.
1955: la Région propose au conseil de notre paroisse les services de M. Foëx, un évangéliste, au service de la Ligue pour la lecture de la Bible. On refuse une autre proposition de la Région, qui voudrait faire signer à chaque paroissien un formulaire d'engagement. Le procédé, jugé trop contraignant, est rejeté par le Conseil. La paroisse compte alors un pasteur, M. Abauzit, une assistante de paroisse, Mlle de Senger, et un évangéliste M. Foëx, qui arrive le 1er avril. M. Foëx est logé à Ambilly, Mlle de Senger ayant obtenu un petit deux-pièces. Le trésorier de la paroisse est alors M. Fuess, qui avertit que la situation est à nouveau très critique. On recrute de nouveaux collecteurs locaux. Le budget s'élève à 11 600 000 anciens francs.
1956: A l'initiative de Mlle Grezet, conseillère, on prévoit des cultes d'été dans des localités touristiques comme Lucinges et Samoëns.
1956: Exposé sur la situation en Algérie par le secrétaire du Christianisme social. Message de l'ERF sur le soulèvement en Hongrie et l'expédition franco-anglaise en Egypte. Mais le Conseil préfère qu'ils ne soient pas lus en chaire. M. Foëx effectue en moyenne 580 visites par ans. La chorale est de seize membres. Un des plus anciens membres de la paroisse s'éteint, M. Théophile Perrier, commissaire divisionnaire de la Police des Frontières, venu du Languedoc dès 1896; il avait en particulier dirigé le Centre de rapatriement d'Evian après la Grande Guerre. Pendant de longues années, il fut vice-président du Conseil presbytéral.
1958: M. Foëx quitte la paroisse, arrivée du pasteur Macs, qui prend en charge les disséminés. Les deux secteurs sont à cette époque redélimités comme suit:
Annemasse I: Annemasse, Ambilly, Gaillard, Vallée du Giffre, Bas Chablais, soit 410 familles
Annemasse II: Collonges-sous-Salève, St Julien, Valleiry, Reignier et Mornex, (secteur également appelé "extra-muros").
La paroisse inaugure un culte le vendredi soir, ainsi qu'une retraite à Praz-sur-Arly, et une rencontre mensuelle des deux Secteurs.
1960: départ de Mlle de Senger, après neuf ans de ministère.
1964: Départ du pasteur Abauzit. M. Abauzit et M. Macs ont, chacun dans leur secteur respectif, laissé des traces profondes qui subsistent jusqu'à aujourd'hui. Premier pèlerinage à Taizé. Nomination du pasteur Nouvelon. Une enquête fait apparaître en 1965 que le nombre des protestants connus est respectivement à Annemasse I et Annemasse "extra-muros" de 693 et 467, soit un total de 1160 protestants adultes, répartis dans 560 foyers, plus les mineurs non confirmés, respectivement 153 et 135, soit un total de 288. En dehors de l'agglomération annemassienne les groupes les plus nombreux sont ceux de St Julien et de Mornex, qui sont à égalité avec 53 protestants connus dans chaque localité.
1966: La chorale, devenue trop petite, rejoint celle de Chêne-Bourg. Hélas, il n'y aura plus de chorale dans notre paroisse jusqu'à ce jour... On note que le temple d'Annemasse est l'objet de trois cambriolages en six mois. Le Conseil se préoccupe de l'accueil des jeunes et conclut qu'il faut "les prendre tels qu'ils sont, et les aborder avec des moyens plus actuels".
1967: Arrivée du pasteur Reymond, en remplacement du pasteur Maes, resté neuf ans, et nommé à Carouges. M. Raymond est ordonné par le pasteur Atger dans les murs de notre temple, au cours d'une cérémonie fort émouvante. Prédication remarquée du pasteur Henriet sur la Mission à partir du texte d'Actes 13/1-3. Enquête de la Région sur les "désirs, aspirations et motivations des protestants concernant le culte".
Le Conseil débat de l'installation d'une présence protestante à la zone nouvellement crée de HLM du Perrier. La municipalité met à disposition un terrain, à charge pour nous d'y construire un local d'accueil en collaboration avec les catholiques. Le Conseil délibère à plusieurs reprises du problème, mais doit se rendre à l'évidence qu'il n'a pas les moyens d'un tel projet. A Noël 1967 est entreprise une "Semaine des chrétiens pour la Paix", elle a lieu en collaboration avec les catholiques.
1968: Arrivée du pasteur Lamouroux en remplacement du pasteur Nouvelon.
1969: Synode régional à Annemasse sur le thème "Rassemblement de la communauté des chrétiens dans notre civilisation nouvelle", culte à Saint-François, où l'école et la chapelle ont été mis à disposition par les catholiques. Le pasteur Blanchet de Grenoble préside II commente une enquête sur la participation de l'église d'Annemasse à la vie locale. Il ressort de l'enquête une participation assez riche à titre individuel (syndicats, cours d'alphabétisation pour immigrés, maison pour les Jeunes, etc.)
1970: Rencontre de la paroisse avec celle de Veyrier-Troinex en Suisse voisine. Activité du groupe oecuménique. Création de commissions au sein du Conseil presbytéral.
1972: "Résister à l'anonymat urbain ou rural", tel est le titre d'un petit article que publient, dans un numéro spécial de la Bonne Nouvelle consacré à Annemasse, le Dr. Dombre, Mlle Grezet, et Mlle Mounier. L'église d'Annemasse, inquiète du manque de lien entre ses membres, décide d'instaurer un nouveau ministère, celui des informateurs bénévoles.
1974: Sur mandat de l'Assemblée Générale, le Conseil de paroisse travaille à de nouveaux statuts. Il s'agit avant tout de les mettre en accord avec les statuts généralement adoptés dans l'ERF.
1975: Départ du pasteur Reymond, nommé à Calais. Adoption des nouveaux statuts. M. Leblanc accepte d'aider la paroisse, alors que le secteur extra-muros est sans titulaire, et, visiblement, devra être supprimé, en fonction des finances insuffisantes. La paroisse est aussi aidée par M. Roussel, professeur de théologie à Strasbourg, venu à Genève pour des recherches à l'Institut de la Réformation.
1975: Le conseil se préoccupe du renouveau charismatique dans la région.
1976 : Départ du pasteur Lamouroux, nommé à Vénissieux. Une période difficile se dessine, car l'ERF demande aux paroisses de patienter une année entre un départ et une nomination de pasteur, en raison du manque de pasteurs en France. Mais la situation est en grande partie allégée par la venue d'un pasteur suisse en retraite, qui a fait une grande partie de sa carrière en Belgique, le pasteur Noir. Il assurera des cultes sur l'ensemble du territoire de la paroisse, aidé par les prédicateurs laïcs. Mme Millet-Bonzanigo est élue présidente du Conseil Presbytéral, c'est une première: une femme et une laïque.
Réfection du Temple en 1976.
Une fois de plus est entreprise la restauration des bâtiments: une équipe de volontaires, que l'on ne saurait tous nommer, mais où se distinguent MM. Méroth et Jacques Weber, refait les peintures du presbytère sur trois étages, cependant qu'une autre équipe, plus hardie, se lance dans la réfection du toit du Temple, laissant le souvenir (et une photo) de messieurs encordés qui s'activent sur un versant pentu...
Le Dauphine libéré annonce la nomination du pasteur Jean Diény.
1977: Le Conseil choisit à l'unanimité un nouveau pasteur, venu du Puy, M. Jean Diény, encore en poste en 1993, et dont la retraite est prévue pour juillet 1994. Les statistiques de la paroisse en cette année indiquent qu'il y a 600 foyers connus. Le pasteur Chambron, qui travaille au Conseil Oecuménique, et qui habite à St Julien, prend une part active à la vie de la paroisse, présidant des cultes, et membre écouté du Conseil Presbytéral. Il partira quelques années plus tard à Paris, appelé par l'Eglise luthérienne, dont il est aujourd'hui un des évêques (appelés en France "inspecteurs ecclésiastiques").
1977: La paroisse fait ses adieux au pasteur Noir, envers qui elle a incontestablement une grande dette de reconnaissance.
1979: M. Leblanc, qui a beaucoup aidé la paroisse, est nommé pasteur à Bellegarde. Après quarante ans d'immobilité, l'horloge du temple de Mornex, dûment réparée, repart pour une nouvelle vie...
1980-83: La paroisse évolue, elle se demande si l'on peut supprimer les cultes d'été, peu suivis. Le rôle du pasteur change notablement, il devient l'animateur de très nombreux groupes, qui n'ont pas forcément beaucoup de rapports entre eux. Il est en particulier l'animateur d'un groupe de prédicateurs laïcs qui le secondent pour les cultes. Chaque paroissien est prié de s'abonner individuellement à Réveil, le journal de la Région, qui a remplacé le petit journal du consistoire, la Bonne Nouvelle.
1983: Lors du renouvellement septennal du pasteur Diény, la paroisse se félicite d'avoir un pasteur qui exerce "un ministère d'enracinement", après plusieurs pasteurs qui ont vaillamment tenté de la révolutionner, mais trop vite sans doute.... Développement du mouvement des Jeunes, en particulier de la FEEUF. Plusieurs jeunes de la paroisse participent à "Jeunesse ardente".
1985 et 1986 connaissent un développement ardent des rapports œcuméniques. Les échanges de chaire avec les catholiques à l'occasion de la Semaine de l'Unité s'installent solidement dans la tradition, et durent jusqu'à ce jour.
1987: La paroisse accueille la Journée Consistoriale, à la salle polyvalente de Monnetier. Visite du pasteur Viollet, président de la Région, et désireux d'améliorer les rapports entre paroisses et Région. Il insiste tant sur le besoin de réfléchir à l'avenir que sur celui de mieux connaître nos racines, y compris l'histoire de l'église avant la Réforme, qui est aussi notre église.
1988: En avril, élection d'Eric Raissier à la présidence du Conseil Presbytéral.
1989: Accueil d'une délégation de Suisse voisine et réflexion sur l'intensification de nos relations par dessus une frontière qui est si ténue (accueil des jeunes, 450ème anniversaire de la Réforme, rencontres pastorales, concerts, etc.). En avril week-end de réflexion du Conseil Presbytéral à Evian sur le sujet: "comment vivre sa foi?"
1990: La nouvelle formule du week-end de réflexion est tentée pour la seconde fois: le conseil siégea de nouveau à Evian pendant deux jours, avec l'aide du pasteur Diirrenmatt, sur le sujet: "La place de l'homme dans le monde (d'après le psaume 8)". Il est décidé, au cours de ce week-end, d'acquérir un orgue électronique en remplacement du vieil harmonium.
1991: M. Michel, qui pendant de très nombreuses années, a exercé avec dévouement les fonctions de trésorier, se retire. On constate la participation plus nombreuse d'Africains et de Malgaches à la vie de notre paroisse. Le Conseil débat avec une certaine vivacité du maintien d'un "ordo " dans la liturgie du culte. Certains prédicateurs laïcs voudraient le bouleverser. Le Conseil émet le voeu précis que la liturgie soit maintenue dans son déroulement traditionnel, qui est la mémoire de l'église, ce qui n'empêche pas le renouvellement des thèmes, ou des chants.
Par ailleurs, depuis plusieurs années, à la demande de la Région, la paroisse délègue son pasteur à l'extérieur pour "quinze jours pour les autres". Il en résulte une surcharge pour le pasteur. Ce sont les visites qui en souffrent le plus. On discute du sens et de l'utilité de cette démarche pastorale, parfois mal comprise dans le style de vie actuel, mais toujours très appréciée par une partie des paroissiens. Visite du pasteur Bâcher, animateur de la Ligue pour la lecture de la Bible. Un autre sujet de discussion est l'utilité ou pas de maintenir deux Journées annuelles de ventes, celle de la paroisse centrale à Annemasse, et celle des Disséminés, au Pas-de-1 'Echelle.
Le Conseil décide que la notion de "Disséminés" est caduque, du fait des déplacements de plus en plus intenses, et que la "vente des Disséminés", qui a lieu chaque printemps sera transformée en une fête dont la finalité sera différente, plus axée vers la rencontre et l'offrande. La fête d'automne aura désormais lieu non plus au Temple, mais à la salle Martin Luther King, louée à la municipalité d'Annemasse. Cette nouvelle formule connaît un net succès.
1992: La paroisse, une fois de plus, entre en réflexion sur son inadaptation au monde actuel. Le rapport moral du président du Conseil presbytéral remarque: "Nous sommes amenés à nous poser le problème de l'inadaptation de nos structures et de nos activités d'église. Cette inadaptation se fait d'ailleurs sentir dans les rapports qui nous parviennent de synodes, de séminaires, et semble générale, et non spécifique à Annemasse....ce qui n'est d'ailleurs pas une raison pour ne pas essayer de réagir."
La suite, c'est l'histoire présente, avec nos soucis, nos cultes parfois désertés, parfois inspirés, un groupe de jeunes plein de vitalité, un Conseil presbytéral qui a peut-être trop tendance à administrer et administrer seulement, des commissions et groupes variés, pleins de richesses, et aussi les moments de bonheur d'une paroisse qui écoute la Parole, chante (pas toujours à l'unisson), et cherche sa voie…
Notre paroisse a connu certains problèmes qui vont se répétant tout au long de son histoire. L'un des problèmes est celui de son trop grand territoire. Bien qu'on lui ait retiré Bonneville et La Roche-sur-Foron, elle reste très étendue, puisqu'elle va de Valleiry-Vulbens jusqu'aux confins de la vallée du Giffre. Deux postes pastoraux seraient justifiés par l'étendue, mais ne le sont pas par l'importance statistique des paroissiens fidèles et réguliers, d'où les perpétuelles hésitations entre un ou deux postes, problème réglé pendant un certain temps avec assez de bonheur, semble-t-il, par la présence d'une assistante de paroisse, Mlle de Senger.
Les lieux de culte ont beaucoup changé en cent ans, il n'y en a plus à Reignier, à Collonges, à Saint-Cergues, à Saint-Jeoire, Bonne, Boëge... Le problème de l'unité de la paroisse a très souvent préoccupé le Conseil presbytéral. Il n'est pas vraiment réglé aujourd'hui.
Autre problème récurrent, celui des lieux de culte permanents autres que les deux chapelles de Mornex et d'Annemasse: combien de fois n'a-t-on pas essayé d'avoir un lieu permanent à St Julien: le problème attend toujours une solution, mais, entre-temps, le nombre des paroissiens actifs de ce secteur a catastrophiquement diminué, au point qu'en 1991 le conseil a décidé de ne plus y assurer de culte mensuel... en attendant des jours meilleurs.
Par ailleurs faut-il renoncer au bâtiment que nous ont légué nos prédécesseurs, et dont nous allons célébrer le centenaire? A mainte reprise, et encore tout récemment, le Conseil a délibéré sur le sujet: garder notre petite propriété rurale en pleine ville, aujourd'hui surplombée par des immeubles de sept ou huit étages, ou bien céder au béton, et construire un grand immeuble avec l'aide de promoteurs, comme il fut fait à Annecy? Il y a là une éternelle "querelle des anciens et des modernes" "Nos locaux ne sont qu'un des moyens au service du témoignage de notre église, ou outil", écrivent en 1972 V. Mina et J. Freyche, en appelant à un débat dépassionné.
Par ailleurs les membres se renouvellent beaucoup du fait du statut de région frontière. Ceci est un élément de renouvellement et de richesse, mais aussi d'instabilité. L'instabilité est constante et rend l'action difficile. Notons à ce sujet ce qu'écrivait en 1959 l'éditorialiste d'Ombres et Lumières.
"Annemasse est en réalité une cité industrielle et commerçante assez importante et active, mais, il faut le reconnaître, elle est aussi une ville-frontière à la population fluctuante, ayant bien d'autres intérêts que ceux de l'église."
La proximité de Genève, si elle est parfois d'un secours certain, est également néfaste car elle constitue un puissant centre d'attraction, et enlève à notre paroisse une partie de ses auditeurs et ressources humaines."
La paroisse d'Annemasse s'est aussi distinguée à plusieurs reprises par son refus de tout embrigadement, le refus de directives de la Région, la difficulté à accepter un encadrement administratif. Il faut remarquer la riche présence dans la région de multiples églises d'inspiration protestantes mais non rattachées à l'ERF, telles que les évangélistes, les Baptistes, les Adventistes ou les Pentecôtistes. Il y a à Annemasse sept pasteurs de différentes dénominations. On voit souvent des glissements d'une église à l'autre, le plus souvent au détriment de l'ERF.
En fait c'est à toute une réflexion sur "l'église transfrontalière" que nous invite l'histoire de notre paroisse. Les pasteurs qui nous viennent de "l'intérieur" de la France sont toujours très étonnés par la mentalité fort différente qu'ils découvrent ici. Au début du siècle les Suisses émigraient encore en Savoie, des paysans suisses sont venus s'y établir et chercher fortune, ils ont constitué un apport nouveau. Puis le courant s'est inversé, nous connaissons aujourd'hui le flux des travailleurs frontaliers qui partent chaque jour de France et se rendent à Genève. Mais tout récemment s'est établi un contre-courant: des nouveaux jeunes ménages suisses viennent s'installer en France, en raison de l'exiguïté du canton, et des difficultés qu'on a à s'y loger. Tout cela crée paradoxalement une population protestante qui grandit et un nombre de paroissiens actifs qui va diminuant. En un sens, si l'on veut, nous sommes "piégés" par la formule du baptême, qui dit que chaque baptisé sera libre de revenir ou ne pas revenir, mais que "sa place restera toujours marquée". La formule est belle, nous y tenons tous, elle est même fondamentale pour notre conception de l'église, mais nous voyons aussi se développer le concept de "protestant non pratiquant", consommateur de rites, mais indifférent à la paroisse, et à l'Eglise.
Quelques uns, mais ils sont rares, nous quittent pour des églises plus confessionnelles, plus chaleureuses, qui exigent de chacun des signes évidents de son appartenance à la communauté, mais qui ne se soucient pas d'une présence territoriale vaste, qui ne sont pas "multitudinistes". Notre paroisse est vaste, longue de quatre-vingts kilomètres, elle est dispersée, elle connaît peu les signes évidents de ralliement, elle est "désarmée" en face de la multiplication des petites églises mieux soudées. Parfois on lui demande des sacrements sans plus, on continue d'aller vivre sa vie spirituelle à Genève. église transfrontalière... C'est en soit un beau titre, et, bien sûr, toute église du Christ est par définition transfrontalière. Mais les frontières existent, insidieuses, et faire connaître le Dieu personnel de la Bible, ce n'est plus facile aujourd'hui.
La chronique que nous vous avons ici présentée ne prétend nullement être complète; simplement nous avons choisi dans les archives ce qui, nous semblait-il, pouvait illustrer aussi bien la petite histoire de ces cent ans de protestantisme à Annemasse, que le reflet dans notre paroisse de problèmes plus vastes, et qui la dépassent, tout en l'interpellant. Notre paroisse "transfrontalière" est à un carrefour européen, à une croisée du catholicisme et du protestantisme, au pied de montagnes magnifiques qui l'appellent constamment à l'élévation. Elle est calviniste de nom, et la cité de Calvin non seulement est sa voisine, mais a compté pour beaucoup dans sa naissance, et continue déjouer un rôle capital pour beaucoup de paroissiens, comme beaucoup d'Annemassiens. Elle est humblement conviée au repentir par la plainte de Michel Servet que nous pouvons tous lire sur le socle de sa statue en flânant devant l'Hôtel de Ville de la cité.
"Je vous supplie qu'il vous plaise abréger ces grandes délations. Vous voyez que Calvin pour son plaisir me veut ici faire pourrir en la prison, les poux me mangent tout vif, mes chausses sont déchirées et n'ai de quoi changer ni pourpoint ni chemise qu'une méchante... "
Notre paroisse est aujourd'hui particulièrement confrontée aux problèmes sociaux d'une ville trop vite grandie, et en crise économique; comme toute la cité, elle est également menacée par l'individualisme et par l'hédonisme ambiant... Telle qu'elle est, notre paroisse qui fête aujourd'hui ses cent ans a l'occasion et même l'obligation de se regarder en face, ni pour l'autosatisfaction, ni pour l'autolacération, toutes deux stériles. Et puisque le berceau de la Réforme est à six lieues du bâtiment de notre temple, ne pouvons-nous pas évoquer la réponse du vieux Théodore de Bèze au jeune François de Sales venu en 1596 l'adjurer de rentrer au bercail: "Si je ne suis dans les voies du Salut, que Dieu m'y mette!"
M. Moser, premier pasteur en titre, 1893-1895.
M. Vallette. 1895-1905
M. Boegner. 1905-1910
M. Lauga. 1910-1914
M. Châtelain. 1915
M. Moenoz. 1916-1917
M. Burnet. 1917
M. Wyler. 1918-1919
M. Lauga 1918-1920
M. Dartigue. 1921-1936
M. Bach 1937-1943
M. Bovet 1939
M. de Roulet 1942-1943
M. Thenet. 1943-1948
M. Schneider 1944
M. Gruner. 1944-1950
M. Abauzit. 1948-1964
M. Macs. 1958-1967
M. Nouvelon. 1964-1968
M. Reymond. 1967-1975
M. Lamouroux. 1968-1976
M. Noir 1975-1977
M. Diény. 1977-
Evangéliste
M. Foëx 1955-1958
Assistante de paroisse
Mlle de Senger 1951-1960
Pasteurs Andeaud (Genève), Barde, Benoit, Bodermann, Burnat, Jean Burnier (Genève), Chambron (Conseil Oecuménique, paroissien), Christen, Dunand (Genève), Jeannet (Ferney-Voltaire), Jornod (Genève), Kessler (Genève), Mme Edith Kessler (Genève), Leblanc (prédicateur laïc, puis pasteur à Bellegarde), Prof. Leenhardt, Prof. Lemaître, Lepp (Genève), Lombard (Genève), Bernard Millet (étudiant en théologie, puis pasteur à Roubaix), Louis Noir (Genève), Piccard, Rochat, Rordorf (Genève), Roterly, Prof. Bernard Roussel, Rotschi (Genève), Russillon, Tarder (Genève), Max Weber (Mornex).
M. Christian Tschantré, de Fontenay-sous-Bois, pasteur proposant, chargé d'un service d'accueil en zone du Perrier.
N.B. Il est difficile d'établir une liste exhaustive des pasteurs qui sont venus aider notre paroisse. Comme on le voit, Annemasse a reçu une aide considérable, toujours renouvelée, de Genève. Nous nous excusons auprès de ceux que nous avons pu oublier.
Mlle Nancy Félix, MM. Jean Freyche, Serge Guillet, Lacaze, John Matthey, de Visme, Jacques Weber.
L'église Réformée d'Annemasse, fidèle à l'organisation presbytérienne synodale, se soumet à la Discipline de l'église Réformée de France et aux décisions du Synode national.
Pour se conformer à la loi du 9 décembre 1905, elle constitue en son sein une association cultuelle dont le fonctionnement est réglé par les statuts ci-après et qui adhère à l'Union nationale des Associations cultuelles de l'église Réformée de France.
Dans sa ferme volonté d'être, par toutes les manifestations de son activité, un fidèle instrument de Dieu et de Jésus-Christ, l'église Réformée d'Annemasse place la déclaration de foi suivante à la base de son existence et de son organisation:
"Jésus-Christ est le Seigneur" (Actes II-6, I Corinthiens 8-6, Phil. 2-11 ), en affirmant que, par cette déclaration, elle entend confesser la même foi que celle de la déclaration de foi de 1938, qui figure, avec son préambule, en tête des statuts de ladite Union Nationale des Associations cultuelles de l'église Réformée de France.
Déclaration de foi de l'église Réformée de France
Au moment où elle confesse sa foi au Dieu Souverain et au Christ Sauveur, l'église Réformée de France éprouve avant toutes choses le besoin de faire monter vers le Père des miséricordes le cri de sa reconnaissance et de son adoration.
Fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle est fondée,
Dans la communion de l'église universelle, elle affirme la perpétuité de la foi chrétienne à travers ses expressions successives dans le Symbole des Apôtres, les Symboles oecuméniques et les confessions de foi de la Réforme, notamment la confession de La Rochelle; elle en trouve la source dans la révélation centrale de l'évangile: Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Avec ses pères et ses martyrs, avec toutes les églises issues de la Réforme,
Elle affirme l'autorité souveraine des Saintes écritures, telle que la fonde le témoignage intérieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elle la règle de la foi et de la vie;
Elle proclame, devant la déchéance de l'homme, le salut par la grâce, par le moyen de la foi en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui a été livré pour nos offenses, et qui est ressuscité pour notre justification;
Elle met à la base de son enseignement et de son culte les grands faits chrétiens affirmés dans l'évangile, représentés dans ses sacrements,, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans sa liturgie.
Pour obéir à sa divine vocation, elle annonce au monde pécheur l'évangile de la repentance et du pardon, de la nouvelle naissance, de la sainteté et de la vie étemelle.
Sous l'action du Saint-Esprit, elle montre sa foi par ses oeuvres elle travaille dans la prière au réveil des âmes à la manifestation de l'unité du Corps du Christ et à la paix entre les hommes. Par l'évangélisation par l'oeuvre missionnaire, par la lutte contre les fléaux sociaux, elle prépare les chemins du Seigneur jusqu'à ce que viennent, par le triomphe de son Chef, le Royaume de Dieu et sa justice.
A Celui qui peut,
par la puissance qui agit en nous,
faire infiniment au-delà de ce que nous demandons et pensons, A Lui seul soit la gloire
dans l'église et en Jésus-Christ,
de génération en génération, aux siècles des siècles!
Amen.
Constitution - objet. Article premier. L'association cultuelle de l'Eglise Réformée d'Annemasse, Association cultuelle constituée en conformité avec des dispositions législatives et réglementaires des lois du 9 décembre 1905 et du 1er janvier 1901, et des décrets du 16 mars 1906 (titre III) et du 16 août 1901, a pour objet d'assurer l'exercice du culte réformé et de pourvoir en tout ou en partie aux frais et besoins du culte et des différents services et activités qui peuvent s'y rattacher légalement.
Sa circonscription comprend dans l'arrondissement de St-Julien, les cantons d'Annemasse, de Cruseilles, Reignier, St-Julien. dans l'arrondissement de Bonneville, les communes de Contamines- sur-Arve, Faucigny, Marcellaz, Peillonex; les cantons de St-Jeoire, Samoëns, Taninges; dans l'arrondissement de Thonon, le canton de Boëge.
Son siège est à Annemasse, département de Haute Savoie. Il pourra être transféré ailleurs dans la circonscription par décision du conseil presbytéral, après approbation du conseil régional.
L'Association se compose d'au moins vingt-cinq membres, sa durée est illimitée.
Membres. Article 2; Les membres de l'Association ayant voix délibérative dans les assemblées générales sont ceux qui ont demandé à être inscrits en cette qualité dans la paroisse après avoir, conformément à la Discipline de l'église Réformée de France, reçu le baptême et été admis à participer à la Sainte Cène. Si le conseil presbytéral, dont le silence vaut consentement, ne s'y oppose pas, ils sont inscrits sur la liste électorale prévue à l'article 3.
Toute personne qui lors de son inscription n'a pas demandé à avoir la voix délibérative est membre de l'Association avec voix consultative dans les assemblées générales.
Le versement régulier d'offrandes destinées à assurer la vie matérielle de la paroisse est demandé à tous les membres.
Toute personne peut en tout temps renoncer à la voix délibérative dans l'association et en rester membre avec voix consultative.
Les statuts, consultables à la paroisse, comportent 15 articles, ils sont signés par le pasteur Maurice Lamouroux, président du Conseil presbytéral, le 16 mars 1975.