Le protestantisme : une foi en héritage et en liberté
La Réforme protestante se développe au début du XVIe siècle. Elle n'est pas une simple variante du christianisme, mais une tradition spirituelle et théologique riche, profondément ancrée dans l'histoire et orientée vers une relation directe et personnelle avec Dieu.
1. Les fondements historiques : la Réforme du XVIe siècle
La Naissance
Au début du XVIe siècle, l'Église chrétienne d'Occident connaît des tensions. Des théologiens, dont Martin Luther en Allemagne et Jean Calvin depuis Genève, souhaitent réformer l'Église pour la ramener, selon eux, à la justesse des sources bibliques.
1517
L'acte fondateur : Martin Luther publie 95 thèses critiquant notamment la vente des indulgences (l'idée de "payer" pour le salut ou le pardon des péchés).
Les conséquences : grâce à l'imprimerie, ces idées se propagent rapidement dans une partie de l’Europe. En France, les Protestants sont sévèrement persécutés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
À retenir
L'histoire protestante est une histoire de conviction et de liberté, une lutte pour que le texte biblique soit accessible à chacun dans sa propre langue. L’Église Protestante Unie de France est issue du mouvement de la Réforme. D’autres Églises se réclament de ce mouvement : baptistes, évangéliques, adventistes, pentecôtistes… Certaines sont regroupées au sein de la Fédération Protestante de France, dont l’EPUdF est membre.
2. Les piliers théologiques : les cinq "Soli"
Ces cinq principes latins sont le cœur de la doctrine protestante et la distinguent :
a- Sola Scriptura (L'Écriture seule)
* Le principe : la Bible (Ancien et Nouveau Testament), lue et interprétée à la lumière de l’Esprit Saint, est considérée comme l'unique autorité pour la foi.
* La pratique : à la différence d'autres traditions qui reconnaissent l'institution ecclésiale comme autre source d'autorité, les Protestants s'efforcent de comprendre la volonté de Dieu par la prière à travers le texte biblique seul. Cela encourage le libre examen et la lecture personnelle de la Bible pour chaque fidèle.
b- Sola Gratia (La Grâce seule) et Sola Fide (La Foi seule)
* Le principe : le salut (le pardon des péchés et l'accès à la vie éternelle) est un don immérité de Dieu (Grâce), et on ne peut le recevoir que par la Foi en Jésus-Christ (réponse de chacun à ce don).
* La pratique : cela décharge les fidèles de l'idée de devoir "gagner" leur salut par des sacrifices, des pèlerinages ou leurs bonnes œuvres. Les œuvres sont vues comme une conséquence de la foi, et non comme une condition.
c- Solus Christus (Christ seul) et Soli Deo Gloria (À Dieu seul la Gloire)
* Le principe : Jésus-Christ est l'unique médiateur entre l'être humain et Dieu, l’Unique à qui toute gloire revient.
* La pratique : cette conviction élimine le culte des saints, des reliques ou de Marie comme intermédiaires nécessaires. Seul Dieu est Saint. Toute forme de louange et d'adoration est directement adressée à Dieu (Gloire à Dieu seul).
3. Le culte, les ministères et la communauté
Les sacrements
Les Protestants reconnaissent deux sacrements (actes institués directement par Jésus dans l'Évangile) :
* Le baptême : signe de l’amour de Dieu et entrée dans la communauté chrétienne.
* La Sainte Cène (ou communion) : mémoire du sacrifice du Christ, célébrée régulièrement lors du culte.
Le rôle du pasteur
* Le pasteur (ou la pasteure, car l'ordination des femmes est largement acceptée dans le protestantisme) est un ministre de la Parole et non un prêtre médiateur. C’est un théologien formé et reconnu.
* Son rôle est de prêcher (expliquer la Bible), d'accompagner spirituellement la communauté et de présider des cérémonies (baptêmes, bénédictions de mariage, services funèbres). Il vit dans le monde, peut se marier et fonder une famille.
Le sacerdoce universel
C'est une idée clé : chaque croyant est « prêtre ». Cela signifie que chaque fidèle est libre et responsable de sa propre vie spirituelle, peut lire et prier sans intermédiaire et a la responsabilité de vivre en Chrétien dans le monde et au sein de la communauté.
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4. Organisation et finances
Structure (gouvernance)
La plupart des Églises protestantes suivent un modèle de gouvernance presbytéro-synodal :
* Gouvernement local : la paroisse est gérée par un Conseil presbytéral composé de laïcs élus et du pasteur.
* Niveau régional et national : les paroisses se réunissent en synode pour voter les décisions d'orientation.
Financement
En vertu de la séparation des Églises et de l'État (loi de 1905, hors Alsace-Moselle), les Églises protestantes françaises sont autonomes financièrement. Elles n'ont pas de subvention pour le culte ou le salaire des pasteurs. Le financement provient exclusivement :
* des offrandes lors des cultes ;
* des dons réguliers
5. Diversité
Le protestantisme est un terme générique recouvrant une grande diversité de sensibilités théologiques :
* Historiques : Luthériens, Réformés (souvent regroupés en France dans l'Église Protestante Unie de France). Ce sont les héritiers directs de la Réforme.
* Baptistes : ils mettent l'accent sur la conversion personnelle et le baptême des croyants adultes par immersion.
* Évangéliques : ils représentent le courant le plus important en nombre et en croissance mondiale. L'accent est mis sur l'expérience personnelle de la foi, l'évangélisation et l'étude biblique.
* Adventistes : ils se centrent sur l’enseignement biblique, l'anticipation du retour du Christ, la santé et l’éducation.
* Pentecôtistes : les manifestations du Saint-Esprit sont au cœur de la leur foi et de leurs pratiques.
Le protestantisme est donc une famille chrétienne, unie par l'essentiel (la foi en Jésus- Christ et les 5 Soli), mais diverse dans sa théologie, ses pratiques et son organisation.
6. Questions sur les pratiques quotidiennes
A. Le jeûne (pratique spirituelle)
Le jeûne n'est pas une obligation rituelle dans le protestantisme, mais une pratique spirituelle personnelle et volontaire.
* Liberté de conscience : chaque fidèle est libre de jeûner ou non.
* Absence de période fixe : il n'y a pas de "Carême" obligatoire. Les Protestants ne pratiquent pas non plus l'abstinence de viande le vendredi.
* Objectif : le jeûne peut être vécu comme un choix personnel pour se concentrer sur Dieu, l'humilité et la prière, mais jamais comme un moyen de mériter le salut (déjà offert par la grâce seule - Sola Gratia).
B. La mort - rites funéraires
Les rites funéraires protestants se distinguent par leur sobriété et l'importance donnée à l'espérance en la résurrection.
* Culte d’action de grâce : l'accent est mis sur la reconnaissance pour la vie et la personne du défunt et sur l’annonce que, par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, la mort n'est pas une fin.
* Absence de rites spécifiques pour les défunts : il n'y a pas de prière pour les morts. Les Protestants prient pour les vivants afin qu’ils trouvent la paix et l’espérance nécessaires.
* Crémation et inhumation : les deux pratiques sont acceptées, laissant le choix aux familles selon leurs préférences.
C. La nourriture (pratiques alimentaires)
En règle générale, le protestantisme n'impose aucune règle alimentaire.
* Absence de lois alimentaires : aucun aliment ou boisson n’est considéré comme "impur".
Les Protestants peuvent consommer ce qu'ils souhaitent, à condition que cela reste dans la modération.
* Modération : l'enseignement se concentre sur la tempérance et la modération en toutes choses, considérant que le corps est le "temple de l'Esprit Saint" (1 Corinthiens 6,19).
* Exceptions : certains courants (adventistes ou évangéliques) peuvent choisir d’éviter certains aliments ou boissons.
Ces pratiques illustrent l'importance de la liberté de conscience et de la responsabilité personnelle qui sont au cœur de la foi protestante.
Les évènements de l'Église
En Église, il y a des fêtes qui reviennent chaque année :
- Carême et Pâques : après le temps du Carême vécu 40 jours avant Pâques comme un recentrement spirituel et une préparation au mystère de Pâques, c’est toute une semaine (appelée Semaine sainte) qui s’ouvre avec le dimanche des Rameaux. Le jeudi fait mémoire du dernier repas du Christ ; le vendredi commémore la passion et la mort du Christ ; le samedi est consacré au silence, jusqu’au culte de Pâques du dimanche. La fête de Pâques est au cœur de la foi protestante. Car c’est bien parce que Jésus le Christ est mort et ressuscité que les Chrétiens vivent aujourd’hui de sa Parole.
- Ascension : célébrée 40 jours après Pâques, l’Ascension marque le moment où, dans le récit biblique, le Christ ressuscité quitte ses disciples et est élevé au ciel.
- Pentecôte : 50 jours après Pâques, c’est le dimanche de la fête de l’Esprit Saint. Dans la Bible, le livre des Actes des apôtres raconte que l’Esprit de Dieu est donné aux disciples du Christ. Symboliquement en Église, c’est ce jour-là que les jeunes adolescents qui terminent leur catéchèse sont accueillis : ils témoignent alors de leur foi et peuvent demander à cette occasion le baptême ou la confirmation de leur baptême (s’ils ont été baptisés enfants).
- Réformation : le dimanche de la Réformation se fête le dimanche le plus près du 31 octobre (l’histoire ayant retenu l’affichage des 95 thèses de Martin Luther le 31 octobre 1517 pour marquer la naissance de la Réforme). À cette occasion, les Protestants célèbrent les principes qui fondent la Réforme pour ne jamais oublier la parole de foi et de liberté qui fonde le protestantisme.
- Avent et Noël : les Protestants célèbrent les quatre dimanches qui précèdent Noël pour se préparer à la venue du Christ en leur cœur. Lors de la veillée du 24 et du culte du 25 décembre, on célèbre Noël. On fête de la naissance de Jésus, la venue du Dieu fait homme dans le monde.
- Épiphanie : fêtée le premier dimanche de l’année civile, « épiphanie » signifie « manifestation de Dieu » et célèbre le récit de l’arrivée des mages auprès de l’enfant Jésus.
À cela s’ajoutent des temps particuliers partagés avec les autres Chrétiens :
- Le Temps pour la Création : chaque année, la période du 1er septembre au 4 octobre est un temps pour renouveler la relation des Chrétiens avec leur Créateur et avec toute la Création, en célébrant et en s’engageant ensemble à agir pour préserver notre maison commune, notre planète.
- La Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens : elle a lieu chaque année du 18 au 25 janvier. Créée en 1935 par le Père Couturier, elle permet aux Chrétiens du monde entier de se réunir dans la prière. Les Chrétiens prient pour leur unité en se rappelant la prière que Jésus a enseigné à ses disciples "pour que tous soient un afin que le monde croie" (Jn 17,21).
Enfin, dans notre communauté de l’Église Protestante Unie du Genevois et Giffre, nous nous rassemblons également pour des dimanches festifs, à l’automne et au printemps, avec des cultes particuliers suivis du partage d'un repas.
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